Un bâtiment devrait pouvoir donner la sensation apaisante qu’il « se sent bien » là où on l’a placé, comme notre corps devrait l’être aussi en le fréquentant. L’Architecture doit répondre à des usages, être utile, bien entendu, mais procurer du bien être et surtout du plaisir.
Nous essayons de faire en sorte qu’un chantier, dans sa justification et son déroulement, ne soit pas perçu comme une violence (spatiale, sonore, visuelle…)… Il y a dans ce domaine encore beaucoup d’ effort et de pédagogie à fournir.
Au cœur de notre travail, se trouve la volonté d’agencer harmonieusement « des vides » habitables, en jouant avec « les pleins » de la matière afin de fabriquer des lieux de vie qui profitent au mieux des éléments et des sensations que nous offre la nature (lumière, air, eau, clareté, pénombre, chaleur, fraîcheur…), dont on sait déjà qu’ils peuvent nous faire du bien. Paradoxalement, l’architecte dessine du vide en poussant et plaçant la matière de telle sorte qu’elle protège et serve nos corps au repos ou en mouvement, et nous permettre d’agir ou de rêver en toute tranquillité.
Pour « fabriquer du vide » en harmonie avec les forces vitales de la nature, les besoins de notre corps et de notre esprit, les particularités de nos différentes activités; il faut maîtriser le « plein »: c’est à dire la matière. Connaître les qualités et les défauts et les limites de chaque matériaux pour qu’il soit utilisé au plus juste, en respectant le » principe d’économie » qui régit la nature.
Devant chaque situation constructive: choisir le matériaux le plus approprié, celui qui demande le moins d’effort possible pour être fabriqué et mis en œuvre, et qui répond le plus efficacement possible à l’usage qu’il va servir.
Nous pensons que les éléments constructifs et détails de mise en oeuvre doivent être traités avec la plus grande dignité et le plus grand soin. Un mur, un poteau, une toiture, une fenêtre, une gouttière, une bouche de ventilation…, font partis du projet architectural, et devraient en magnifier, par leur dessin et réalisation, les fonctions essentielles: protéger, abriter, éclairer, ventiler.
Cette rubrique tente d’illustrer par des exemples et détails concrets ces idées et engagements qui guident notre travail au quotidien.
De manière plus générale, une des question majeure qui nous préoccupe dans la manière d’aborder le métier, loin de toute esthétique ou « geste architectural » formel à priori, est avant tout celle de la recherche de la plus juste « posture » dans leur site des constructions qu’un client a souhaité que nous imaginions. Encore faut-il pouvoir définir les limites du cadre de ce site, ses potentialités et ses contraintes. D’où la nécessité d’apprendre à connaître dans toutes leurs complexités (géographique, écologique, sociale, culturelle, économique) les territoires sur lesquels nous intervenons. Ce travail de fond sur le Pays de Lorient, entre autre, et qui a démarré avec mes études sur le « concept littoral » (1997-1998) est très concret: production de cartes, croquis, inventaire photographique, textes, rapprochement avec les autres acteurs , artistes, historiens, techniciens, artisans, et toutes professions qui travaillent sur l’aménagement, l’étude, la sensation, et l’usage de l’espace. Chaque nouveau projet enrichit nos connaissances et affine notre sensibilité.
Sans cette préoccupation et cette réflexion préalable, nous ne pouvons envisager d’avoir une légitimité de regard et de sensibilité critique, d’émerveillement ou de respect sur un territoire, et encore moins une légitimité à transformer celui-ci. Nous sommes très conscient de la lourde responsabilité et de la violence potentielle que représente ce pouvoir de modifier un environnement spatial vivant. Car il affectera autrui dans le temps avec des conséquences directes sur son corps, son esprit, son histoire.
Ce travail sur la plus juste « posture » d’un bâtiment dans un site, pourrait se traduire par celui de la recherche de l’inscription et de la « présence poétique » d’un corps nouveau dans une réalité spatiale et humaine préexistante, dont il faut pouvoir justifier de la considérer comme un sujet de composition architecturale. Car il s’agit ni plus ni moins, que de mettre en scène, non pas un récit imaginaire, mais la réalité de notre quotidien.